Rentabilité des éoliennes
Le Courrier de ce week-end consacre un article à l’énergie éolienne, décrite dès les premiers mots comme « particulièrement rentable ». Voyons s’il faut vraiment investir dans le vent.
Selon l’article, la plus grande éolienne de Suisse, mise en service récemment à Collonges a couté 5 Millions de francs suisses et en rapportera 850’000 par an, ce qui permettra de l’amortir en 5 ans. D’abord, 5’000’000/850’000 ça fait 5.8 , donc plutôt 6 ans que 5, et seulement si on ne doit pas payer d’intérêts sur les 5 millions. Avec un taux raisonnable de 5%, c’est près de 9 ans qu’il faut pour amortir l’installation. Passe encore.
Mais surtout, l’éolienne produira 4.4 millions de kWh par an, et en divisant 850’000 Frs par ce nombre on obtient le prix de revient du kWh produit par cette merveille technologique : 19.8 centimes, soit le double du prix du kWh produit par les installations hydroélectriques et le quadruple de celui des centrales thermiques, nucléaires ou à gaz !
Selon les lois du marché, cette éolienne est une aberration économique car personne de sensé n’achèterait de l’électricité à ce prix là. Mais voilà, des décisions politiques ont faussé le jeu : à coups de subventions mais surtout en obligeant les distributeurs d’électricité à acheter l’électricité éolienne (et solaire) à prix coutant, il devient intéressant de construire des moulins à vent parce que les clients sont obligés d’acheter !
Il ne faut donc pas s’y tromper : ce qui est « particulièrement rentable », ce n’est pas l’énergie éolienne, mais bien de puiser dans le porte-monnaie du contribuable-consommateur.
A quelques kilomètres de Collonges, l’installation du Nant de Drance va produire 1500GWh par an, soit l’équivalent de 341 énormes éoliennes. L’installation coutera 700 millions de francs suisses, soit le prix de 140 éoliennes « seulement ». Elle produira donc du courant tout aussi propre, sans bruit et avec un impact minime sur le paysage, mais surtout à moins de la moitié du prix de l’éolienne… Et en plus, le Nant de Drance produira l’électricité quand on en aura besoin, pas seulement quand il y aura du vent.
Le plus incroyable, c’est que les installations comme le Nant de Drance seront obligées par la loi à acheter le courant éolien produit la nuit quand personne n’en veut, l’utiliser pour pomper de l’eau vers les hauteurs, puis à la turbiner en journée pour revendre cette énergie, avec une perte à la fois énergétique et financière.
Voilà comment une énergie renouvelable chère devient « rentable » en renchérissant une autre énergie renouvelable bon marché…
sur le même sujet:
rérférences:
- « Coup de vent sur les éoliennes » sur ifrap.org. (ajouté le 6.9 : un très bon article sur la situation en France)
- « L’ÉNERGIE ÉOLIENNE« , Groupe de Réflexion sur l’énergie et l’environnement au XXIème siècle de la Société Française d’Energie Nucléaire (sfen.org)









bonjour,
merci de cet excellent article
nous avons créé une association pour lutter contre des éoliennes offshore au large de veulettes sur mer (haute normandie, à côté de Dieppe, des falaises d’étretat…)
projet de 21 éoliennes de 5 mw chaque, 145m de haut à 6,5 km de la plage !
nous recherchons tous les arguments pour contester la validité du projet et votre article nous sera utile
y a t il en suisse une étude montrant le potentiel hydroélectrique non encore mis en valeur ?
excellente journée
Emmanuel du Boullay
Association « vent de travers »
Bonjour cher docteur.
Par le bias de foilres j’ai découvert vos differents blog tous aussi interressants les uns que les autres. J’aime vraiment votre approche sans concessions de la gestion d’energies . Je voulait juste vous faire part de ce systeme qui me semble adaptable à l’eolien en remplaçant simplement l’aileron par une voile. C’est diaboliquement simple et même si le courant récupérer n’est pas enorme on peut mecaniquement controler une pompe pour remonter l’eau des barrages.
http://www.ecogeek.org/content/view/317/
PS: Mes ami de la LPO on des argment pour vous Emmanuel.
[...] Rentabilité des éoliennes , chez Dr Goulu [...]
Ping par Conseils de lecture #16 » Expression Libre | 3 septembre 2008 |
Moi aussi j’adore les articles de notre bon docteur !
Je me souviens d’un précédent sur les ampoules à économie d’énergie. Je suis d’accord sur le principe de « dénoncer » les mensonges et aberrations. Par contre, je me demande s’il ce n’est pas le corollaire de toute grande « nouveauté » ou grande orientation (appelons cela comme on veut, je suis un peu crevé ce matin !). C’est peut être le prix à payer pour aller vers des énergies plus « safe ». Je lis déjà (oui je suis un peu devin !) les réponses du type : « et si nous pouvions aller vers une énergie plus respectueuse de l’environnement sans faire des erreurs ? En effet, ce serait bien mieux surtout pour ceux qui peuvent être vraiment concernés par ces nouvelles installations (riverains …). Bref peut être que je ferais mieux de fermer ma … ?
Fred
Je travaille dans le nucléaire, et ponctuellement pour l’usine marémotrice de la Rance. Je ne veux pas avoir d’idées arrêtées sur l’une ou l’autre technologie de production d’électricité, mais ces sujets me passionnent.
Je suis heureux que votre article dénonce la non rentabilité des éoliennes, trop peu mise en avant. Il en est de même, dans une moindre mesure toutefois, pour le barrage de la Rance.
Quant au nucléaire, avec les imperfections qu’il possède, reste la meilleure solution aujourd’hui, à mon sens…
@Emmanuel de « vents de travers » : la Normandie est objectivement un bon spot pour les éoliennes, et a priori en les installant en mer elles ne devraient pas trop déranger…
Mais il est effectivement intéressant de voir que cette installation (décrite ici : http://www.notre-planete.info/actualites/actu_685.php ) produit du courant au double du prix du marché, et coutera donc 17 millions d’euros par an…
@Fred, c’est vrai, si on veut encourager la recherche, l’étude etc, que sont quelques millions ? Mon problème c’est quand on dit que le solaire et l’éolien sont rentables et que l’on laisse croire qu’ils alimenteront nos PC à l’avenir. C’est faux : ces solutions sont pour l’instant beaucoup plus couteuses que l’hydroélectricité, tout aussi propre …
@Jismar … et encore beaucoup plus chère que le nucléaire. Reste qu’on aimerait bien que le nucléaire soit un peu plus transparent, en particulier sur les couts à long terme, pour pouvoir comparer en prenant bien tout en compte …
La Rance a apporté plein d’enseignements sur l’énergie marémotrice et les effets secondaires de la soustraction d’énergie à l’environnement… Si j’ai le temps, et avec les infos transmises par Gurval, je vous fais un petit article sur le potentiel de l’énergie hydraulique, y compris tirée des océans.
- Bon, en Suisse vous avez peut-être encore quelques vallées à noyer mais en France c’est plutôt saturé. L’hydroélectrique d’abord, 100% d’accord, mais… et après ?
- Dans 10 ans, une fois payée, ton éolienne elle est encore debout ou pas ? Dans 50 ans ? Plus elle vit longtemps plus l’investissement est rentable. Il faudrait voir avec les autres énergies vertes, panneaux solaires notamment.
- Le nucléaire comme tu dis, ça manque de transparence. On devra faire avec faute de mieux sur le court terme, mais il a aussi une sacrée tendance à siphonner les fonds pour l’énergie.
- Ce sont des marchés et entreprises en développement donc il faut voir loin. Ce qui m’intéresse est la marge de progression potentielle. C’est peut-être plus le point fort du solaire (grosse marge pour le rendement, pour le coût, pour la surface installable…). Les éoliennes classiques, je ne sais pas. Peut-être des éoliennes géantes en haute altitude dans 20 ans, qui sait ?
- C’est le barrage lui-même qui achète le courant éolien ? Ou le distributeur (EDF en France) qui est obligé de payer cher au producteur ? (Et le barrage récupère le courant où il veut pour remonter le potentiel de son eau.)
@emmanuel : La place d’une éolienne est en mer là où le vent souffle toujours. Moi je trouve ça joli. Et même moche, ça l’est moins qu’un barrage ou une centrale à charbon.
Ah, je partage assez l’avis de Krystof, moi j’aime bien les éoliennes mais bien entendu lorsqu’elles sont chez le voisin ! Je n’ai pas osé développer mais c’est un peu mon sentiment, il faut au minimum aller dans la direction du sans charbon voir sans atome instable !! Alors heureux docteur, votre article permet à tous d’exprimer son avis ?
Fred
@Krysztof. J’ai rien contre les éoliennes. Je note juste qu’elles tournent à l’envers des lois de l’économie. Elles tourneront tant qu’on les financera par nos impôts ou sur les dos d’autres sources d’énergie (dont certaines propres). Pour qu’elles deviennent vraiment rentables, il faudrait accepter que le prix de l’électricité double au moins. Si on ne l’accepte pas, elles s’arrêteront avant même d’être amorties. Et ça risque bien d’arriver si le public apprend à compter.
Le barrage d’Emosson sur lequel se base l’installation du Nant de Drance mentionné dans l’article appartient en partie à EDF, donc que ce soit EDF ou le barrage qui achète le jus, c’est la même chose. En plus les centrales nucléaires appartiennent aussi à EDF. Ah, et les éoliennes aussi, EDF en est très fier.
A part ça, il n’y a pas tellement de bons spots pour les éoliennes en France, comme tu peux le voir sur une carte ici. Il faut se résoudre à admettre que la France pourrait produire au grand maximum l’équivalent d’un réacteur nucléaire avec des éoliennes. Au moins 2000 éoliennes, pour 2% de la production d’électricité française. Les optimistes diront que c’est toujours ça …
Je suis d’ailleurs tombé sur cet article très complet sur le même thème que le mien, avec des chiffres hexagonaux.
Le potentiel hydroélectrique est sous estimé par tout le monde. Je vais faire un article là dessus, mais selon cet article, la France pourrait produire 23TWh de plus par an (de façon rentable et modulable…) en développant les installations actuelles, comme la Suisse au Nant de Drance et ailleurs. 23TWh, c’est 5% de la production d’EDF, l’équivalent de 5750 éoliennes subventionnées…
Dis-moi, ami contribuable, où préfères-tu que ton gouvernement investisse ses milliards ?
[...] en encore 5TWh avec de mini turbines qui produisent de l’électricité plus chère (mais on subventionne bien les moulins à vent, pourquoi pas ceux à eau ? ) Pour quelques milliards, EDF pourrait donc accroitre de 5% la part [...]
@Dr. Goulu : La France a plein de bons spots, ils sont sur les côtes (et on en a plein des côtes). J’en ai tout de même vu un paquet entre Paris et Orléans, ou entre Metz et Châlons-en-Champagne, bref sur des plateaux déserts bien venteux.
Et selon ton article, l’hydroélectrique a justement le vent en poupe à nouveau chez nous – une excellente chose, nous sommes d’accord. Et toujours selon l’article, ça entre en conflit avec d’autres contraintes écologiques.
Bref, tout ça pour dire que l’éolien est un des fers au feu que nous avons pour nous débarrasser du pétrole puis du nucléaire, et un des moyens d’encourager toute nouvelle technologie est justement de la faire subventionner par les anciennes, au niveau du distributeur (mais une éolienne par un barrage directement, c’est stupide). C’est cher maintenant, oui, mais ce n’est pas par rapport au coût des barrages qu’il faut comparer, mais à celui des centrales à charbon ou au nucléaire dont les coûts à long terme ne sont pas pris en compte. Les énergies propres doivent TOUTES être subventionnées tant que leur technologie ne « plafonne » pas. En 2040 on y verra peut-être plus clair entre les peintures solaires omniprésentes, les hydroliennes en mer et (rêvons) les centrales à fusion froide.
Un argument me semble manquer dans le débat: on parle du coût de production de l’énergie, mais ce coût n’est le coût que le consomateur paie qu’à une seule condition: que l’offre dépasse largement la demande. Or ce qui va arriver de plus en plus est une pénurie d’énergie. Et dans ce cas ce n’est plus le coût de production qui est important, mais de savoir combien les gens sont prêt à l’acheter.
Les énergies non renouvelables ne sont pas une solution sur le long terme et on commence à en sentir les effets, y compris sur le nucléaire (http://futura24.site.voila.fr/nucle/prix_cout.htm).
Le nucléaire a aussi été largement subventionné, et l’est du reste toujours (p.ex. une centrale nucléaire suisse n’a pas d’assurance Responsabilité Civile, ce qui veut en clair dire qu’en cas de problème, ce sont les victimes qui paient). Les coûts de stockage des déchets sont à la charge du contribuable, idem pour le démontage des centrales…
Je pense qu’il faut commencer à subventionner ce qui pourra être rentable demain (probablement plus cher qu’aujourd’hui, mais moins cher que de ne pas trouver d’alternative). D’un point de vue économique je ne pense pas qu’une hausse lente du prix de l’énergie soit mauvaise, car elle permet d’être créatif et de pouvoir innover. En revanche un saut brutal risque d’être plus douloureux.
Parier sur la hausse du prix de l’énergie me semble très risqué : à long terme et depuis les débuts de l’humanité le prix de l’énergie baisse. Si on accepte la construction d’une ou deux centrales nucléaires en Suisse (ou à charbon avec capture du CO2, pourquoi pas…) en attendant la fusion, les « nouvelles énergies renouvelables » ne seront jamais rentables…
La notion de « long terme » est assez variable : nos amis chinois qui construisent une centrale à charbon par semaine estiment qu’ils ont du charbon pour 300 ans… Pour l’uranium (merci pour le lien, très intéressant), même à un prix élevé le KWh reste très abordable. Et on parle de centrales « classiques » qui n’utilisent que quelques % de l’énergie potentielle du combustible et produisent des tonnes de déchets. De nouvelles générations de réacteurs pourraient atteindre un rendement beaucoup plus élevé et réduire simultanément les déchets…
Concernant la RC nucléaire, j’ai trouvé la « Loi sur la responsabilité civile en matière nucléaire (LRCN) du 18 mars 1983 » qui dit entre autres :
Art 3.1 « L’exploitant d’une installation nucléaire répond de manière illimitée des dommages d’origine nucléaire causés par des substances nucléaires se trouvant dans son installation. »
Art 11.1 « Celui qui encoure une responsabilité aux termes de la présente loi doit, pour couvrir les risques assurables, contracter auprès d’un assureur autorisé à opérer en Suisse, une assurance de 300 millions de francs au moins par installation nucléaire, plus 30 millions de francs au moins pour les intérêts et les frais de procédure »
ça ne couvrirait pas un Tchernobyl, mais pour un Lucens, ça fait l’affaire facilement. Et n’oublions pas qu’un barrage voute qui pèterait ferait aussi pas mal de dégats…
Comment pouvez vous annoncer un cout du KWH éolien à 18 ct d’euros alors que l’éolien est racheté 6 cts en Espagne, 8 cts d’euros en France et 9 cts d’euros en Allemagne ?? Je pense que vos sources ne sont pas digne de confiance.
Mes sources sont citées et aussi fiables que peuvent l’être celle des promoteurs de l’éolien en Suisse : ici on peut lire : « Éolienne de RhônEole à Collonges. Durée prévue de fonctionnement: 20 ans, puissance: 2’050 kW, production annuelle: 4’500 MWh/an. » et là « A titre d’exemple, Laurent Debrot cite la turbine de Collonges, qui est en mains publiques : Elle a coûté 5 millions de francs, mais elle en rapporte 850 000 par année » Je ne fais rien d’autre que diviser 850’000 Frs par 4’500’000 KWh et j’obtiens bien 19 cts/KWh, où est l’erreur ?
D’autres pays préfèrent subventionner la construction des parcs, et/ou exonérer d’impôts les sociétés exploitantes, et payer ensuite un prix presque raisonnable pour le kWh. Je maintiens :
1) que l’éolien est certainement une bonne source d’énergie dans les endroits ventés (clairement visibles sur la carte publiée dans cet article)
2) que le boom de l’éolien est le résultat du subventionnement généralisé, et que de nombreuses éoliennes arrêteront de tourner lorsqu’elles devront obéir aux lois de l’économie pure.
à part ça, j’ai trouvé cet article intéressant sur l’historique de l’éolien en Allemagne
Bonjour,
Oui, dans l’exemple que vous citez on parle d ‘une éolienne qui rapporte une certaine somme d’argent par an , et de là on peut en déduire le prix de rachat de son électricité. Mais, on ne peut pas dire, et je vous cite » le prix de revient du kWh produit par cette merveille technologique : 19.8 centimes » … Ce n’est pas le « prix de revient » mais le prix de rachat compte tenu de l’aide à la filière. Ces aides sont destinées à financer la recherche sur les éoliennes, et l’investissement de capitaux privés, et sont dégressives dans le temps. Combien les Etats ont-ils déboursés pour aider la filière nucléaire ? Facile pour le nucléaire d’afficher un cout de revient très bas (environ 4cts d’euro le KWH) quand ces aides ne sont pas répercutées dans le calcul … Pour l’éolien on estime que le cout de revient est de 6 cts/euros le KWH pour un taux de charge de 25% (2200H par an).
Il y a un projet appelé RELIAWIND soutenu par lUE qui met au défit l’industrie éolienne de produire l’électricité a 4 ct/€ le KWH ..
Pour revenir sur l’Espagne .. Le pays a supprimé l’aide à la filière éolienne en 2007, l’estimant mature. Mais les projets continuent car finalement les éoliennes sont rentables avec un prix de marché du MWH sur Powernet qui dépasse les 70 euros !!
Pour le solaire, l’aide a été supprimée cette année en Espagne. Et là, c’est plutot la catastrophe pour la filière solaire. Car le solaire n’est pas du tout rentable même avec l’ensoleillement du sud .. En France, le solaire est rachété par EDF 400 euros et 600 euros le MWH contre 80 euros pur l’éolien. Par contre, il y a de l’espoir pour le solaire à concentration …
La notion de prix de revient / prix de vente dépend du point de vue. Mais si comme vous le dites le prix de revient (amortissement de l’éolienne etc) est autour de 4 cts le kWh, c’est un scandale absolu que l’Etat force les distributeurs à l’acheter 20 cts le kWh, avec 80% de marge !!! pourquoi les producteurs hydroélectriques n’auraient-ils pas droit au même traitement ?
Pour moi, simple consommateur, 20 cts le kWh c’est bien le prix de revient de l’électricité éolienne qu’on me vend, augmenté d’une marge de transport et de distribution, qui m’intéresse. J’admets que ça peut être rentable (=valable) si ça souffle fort au moment d’une pointe où le courant vaut effectivement plus de 1Frs le kWh sur le marché, mais ça ne se commande pas : si ça souffle la nuit, quand le courant des centrales nucléaires est en surproduction et vaut 4cts le kWh sur le marché que fait-on avec le jus à 20 cts ? C’est mon interrogation de base concernant la Suisse, où nous avons beaucoup de barrages avec capacité de turbinage/pompage : en vertu de quoi devrions-nous diminuer la rentabilité de ces installations en les forçant à absorber du courant éolien imprévisible et cher (20 cts) alors qu’elles peuvent en acheter du prévisible bon marché nucléaire ?
D’autre part, si je comprends bien votre raisonnement, après que l’Etat (français) ait massivement investi dans le nucléaire pour enfin disposer d’une source d’électricité bon marché, il devrait refaire l’exercice pour une autre (éolienne) et installer dans les 2000 éoliennes à 2MW à la place de chaque centrale nucléaire ?
Le solaire produit effectivement du courant encore plus cher (sauf à concentration), mais sa production est plus syncrhonisée avec le pic de consommation de midi, donc statistiquement plus en phase avec les prix du marché. C’est pourquoi je suis persuadé que vous verrez rapidement qu’il y a des pays à vent et d’autres à soleil. D’autres comme la France ont en principe un peu des deux.
Ok, vous arriverez à faire 10% de jus « solaire + éolien » dont le prix sera acceptable grâce aux 80% de nucléaire. En Suisse on a moins de 40% de nucléaire et 60% d’hydraulique. Pourquoi on se casse la tête à faire quelques MWh d’éolien, mystère, mais le lobby éolien m’a l’air ces temps-ci aussi puissant que le nucléaire dans les années 60 …
Non .. les Etats ne rachètent pas l’énergie éolienne a 20 cts d’euros le KWH !! Ca n’existe pas et n’a jamais existé dans aucun pays. Le prix le plus haut est en Italie (11cts) car la filière peine à décoler mais il sera rapidement réajusté.
En France , c’est 8,4 cts, en Allemagne 9 cts ( car il y a moins de vent) à partir de janvier 2009.
Le prix du KWh inter pays en Europe est de 7 cts le KWH avec des peak load a 12 cts, et le prix de vente au public est supérieur a 12 cts le KWH.
Pour aider les énergies propres, qu’on oblige des gros pollueurs comme EDF a racheter 8 cts d’euros le KWH éolien n’a donc rien d’extravagant … quand on sait qu’EDF revend au public au dela de 10 cts HT d’euros le KWH soit 20% plus cher !
Si !
1) en Allemagne au début des années 90, selon ce document « Au début des années quatre-vingt dix, la rémunération de la dite loi fédérale pouvait être combinée avec des subventions supplémentaires, mais variables suivant le Land, de manière qu’on pouvait recevoir jusqu’à 18,3 Cents par kilowattheure éolien. » (voire figure 2 au quart du document environ)
2) en Suisse maintenant. On le voit d’une part le calcul fait et refait ci-dessus à propos de l’éolienne de Collonges, et d’autre part dans ce document très complet de SuisseEole qui promeut l’éolien ici il est dit à deux endroits (pages 24 et 55) que le cout de production du kWh est de 20 centimes de franc suisse (14 centimes d’euros) pour les plus grandes éoliennes existant actuellement en Suisse. Un projet le promet à 11 centimes (p. 62), je demande à voir …
Ya une bulle, et elle est simple à crever : une éolienne de 2MW coute environ 5 millions de francs (3.5 MEuros) et elle produit 4500 MWh par an. Si on ne compte aucun intérêt, aucun frais d’entretien et de fonctionnement et qu’on veut juste rembourser les 5 millions sur 20 ans (la durée de vie de la machine), il faut vendre les 4500 MWh pour Frs 250’000 chaque année. Division : 5.5 centimes de franc (3.9 centimes d’Euros) le kWh, minimum absolu. Avec l’entretien et le fait que je ne connais pas de banquiers prêtant des millions d’Euros sans intérêt (hélas), ça fait que pour arriver aux 4 cts d’Euro que tu mentionnes, et même aux 8.2 du prix de rachat il n’y a qu’une solution : des éoliennes gratuites, donc la construction est subventionnée. CQFD.
Ah…les Francs suisses … Bon, à 14cts d’euros c’est possible mais comme il est dit dans le document SuisseEole, ce tarif est dégressif. Construire des parc éoliens demande de gros investisements.
Pour le cout de revient de l’éolien, les 4cts dont j’ai parlé sont liés au projet RELIAWIND mais pour l’instant le cout de revient moyen est de 6,5 ct d’euros le MWH. En France, avec un prix de rachat de 8 cts euros, ca offre une marge nette entre 10 et 20% en fonction du vent. Dans le doc SuisseEole – page 22- la courbe donne aussi un « coût de production » d’environ 6 cts d’euros / kwh.
Re- bonjour … J’en remets une couche mais je viens de trouver l’information tant recherchée .. dans la loi de programmtion 2009 votée le 16 Octobre 2008 par le parlement français.
Précisions en provenance du CRE (16 octobre 2008 – loi de programation 2009 ) :
La rentabilité des projets éoliens est souvent critiquée au point d’être décrite comme une véritable rente. En réalité, la forte rentabilité de ces projets semble largement gommée par la hausse de leurs coûts. En 2006, la commission de régulation de l’énergie (CRE) avait formulé un avis négatif sur le tarif proposé, la rentabilité variant de 11 à 45 % selon les hypothèses. Depuis lors, le coût de production de l’éolien se rapproche sensiblement du tarif de rachat, en raison de la hausse du coût de fabrication des éoliennes et de leurs coûts d’installation.
Selon la Commission de régulation de l’énergie (CRE), le coût de production de référence récemment déterminé par le MEEDDAT serait de 75 euros/MWh, pour un tarif moyen de rachat de l’électricité éolienne de 84 euros/MWh en 2007
Ce billet et ses commentaires ont été mentionnés dans l’excellente émission « impatience » de la Radio Suisse Romande vendredi 21 novembre. Vous pouvez télécharger le MP3 de cette partie de l’émission ici.
Merci à tous + toutes de votre intérêt pour ce blog.
bonjour
une question me taraude l’esprit le contrat d’entretien et de rachat du courant produit c’est à vie
ça m’étonnerais contrat de 20 ans ensuite on vous laisse tomber
@lévénez : très bonne question. La « fiche d’information sur la Rétribution du courant injecté à prix coûtant » introduite dans la loi suisse est ici et dit :
Donc le prix « coutant » sera abaissé progressivement (mais on ne sait pas de combien à l’avance), mais le tarif de faveur durera presque autant que la durée de vie estimée d’une éolienne (30 ans) ou de cellules photovoltaiques (30 ans).
A part ça un autre passage me fait tiquer :
Bref, si vous avez une source d’eau qui permet l’installation d’une turbine de 15 MW, un conseil : n’en installez que 10 MW et touchez la subvention ! ou mieux encore, installez deux turbines de 7.5 MW …
Bonjour
juste une petite remarque : lorsqu’on parle de prix coûtant de l’électricité compare t’on des choses comparables ? Il me semble d’ailleurs qu’EDF envisage sérieusement d’augmenter ses tarifs pour une électricicté produite par du nucleaire et du thermique
Et dans le coût du nuclé
Correctif :
Le projet Nant-de-Drance est un mauvais exemple.
En effet, il ne produira aucun kWh, étant donné que c’est une installation de pompage turbinage pur.
Merci, c’est exactement le commentaire que j’attendais et espérais depuis longtemps, l’article était étudié pour le susciter
Le Nant de Drance fournit de l’énergie au moment où on en a besoin, et qu’elle a donc de la valeur, et consomme celle qui n’a aucune valeur car produite au mauvais moment (la nuit).
C’est tout à fait l’équivalent du recyclage. Etes vous opposé au recyclage du verre ou du papier ? Un recycleur de verre ne produit-il pas du verre ? Pourquoi ne considère-t-on pas qu’un recycleur d’énergie produit de l’énergie ? Sans le Nant de Drance, il faudrait construire une installation capable de produire 1GW de pointe, quelques heures par jour. Ca fait combien de centrales à gaz ? Peu importe s’il ne produit pas un seul kWh (il en consomme en fait), c’est la valeur ajoutée qui compte.
Comme je le mentionne dans l’article, l’énergie éolienne a une valeur ajoutée très faible, car elle est produite quand ça veut bien souffler. Ces sont les installations de stockage qui permettent de vendre l’énergie éolienne au meilleur prix, donc qui fournissent la valeur ajoutée. Et le pire, c’est qu’elles sont obligées de le faire, même à perte.