Dr. Goulu

Pourquoi … Comment … Combien ?

La densité des trous noirs

A la fin de sa vie, une étoile s’éteint et s’effondre sur elle-même : en quelques minutes, la gravité compacte sa matière en une sphère de plus en plus dense, jusqu’à une limite qui ne dépend que de la masse de l’étoile:

  • si l’étoile pèse moins de 1.4 x la masse du Soleil, elle devient une naine blanche : ses atomes (pratiquement que du carbone) sont serrés les uns contre les autres au maximum permis par la physique. Un jour, le Soleil deviendra une naine blanche approximativement de la taille de la Terre, et sa densité sera d’environ 1 tonne / cm3. Pas mal.
  • si l’étoile pèse plus de 1.4 masses solaires au stade précédent, la gravité écrase ses atomes, et les protons des noyaux deviennent des neutrons quand les électrons coincés les touchent : il ne reste qu’une boule de neutrons incroyablement serrés les uns contre les autres, de 20 à 40 kilomètres de diamètre seulement, et d’une densité d’un milliard de tonnes / cm3. C’est vraiment dense, une étoile à neutrons.
  • s’il y a plus de 3.3 masses solaires de neutrons (il faut une étoile initiale d’environ 10 masses solaires), la gravité écrabouille les neutrons, en fait de la purée de quarks comprimée, qui s’effondre jusqu’à former un trou noir.

Le terme de “trou noir” désigne fondamentalement un objet générant une gravité si forte que même la lumière ne peut s’en échapper, mais ceci recouvre deux notions :

  1. l’ “objet” lui-même, qui doit être extrêmement lourd ou dense pour générer un champ de gravité intense. Or en théorie, la purée de quarks peut s’effondrer en se comprimant indéfiniment, jusqu’à la taille d’un point infinitésimal baptisé singularité gravitationnelle
  2. la zone de l’espace d’où la lumière ne peut pas sortir, donné par le Rayon de Schwartzchild qui définit l’ “horizon des évènements” du trou noir, à l’intérieur duquel on ne peut rien voir. Or ce rayon est directement proportionnel à la masse de l’”objet” et la constante de proportionnalité vaut environ 3km par masse solaire, ce qui fait que le plus petit trou noir stellaire possible a un rayon de Schwartzchild de 10km environ.

Donc la notion de densité d’un trou noir dépend de quoi on parle : la densité de la singularité est par définition infinie, mais si l’on considère la densité moyenne à l’intérieur du rayon de Schwartzchild, elle n’est “que” de 1.75 milliards de tonnes / cm3 pour le plus petit trou noir stellaire possible, pas beaucoup plus dense qu’une étoile à neutrons.

Là où ça devient intéressant, c’est que les trous noirs plus massifs ont une densité moyenne plus faible car le volume “noir” augmente comme le cube de la masse. Le trou noir supermassif situé au centre de notre galaxie pèse 2.6 millions de masses solaires, ce qui lui donne un rayon de 7.7 millions de km (seulement 10x plus gros que le Soleil, donc nettement plus petit qu’une grosse étoile !).

Un petit calcul et hop : la densité moyenne du centre de notre galaxie est de 2.8 kg/cm3. Oui, des kilos, pas des tonnes. Et OJ287, qui fait 100 millions de masses solaires ? Re petit calcul et hop  : 295 millions de km de rayon, 2 grammes par cm3, juste le double de celle de l’eau ! Et il y a des trous noirs encore plus gros.

Petit intermède publicitaire : cet article aurait été encore plus inexact sans SpeedCrunch, la calculatrice gratuite pour PC, Mac et pingouin. Dotée de plein de fonctions utiles et de constantes aussi indispensables que la masse et le rayon du soleil, SpeedCrunch est la calculatrice qu’il vous faut !

Pour finir en beauté, calculons le rayon de Schwartzschild d’un soi-disant “trou noir” (avec guillemets) produit par le choc frontal de deux protons accélérés à 7 TeV dans le LHC du CERN. Il a une masse de 14 protons, soit 4,7.10-50 masses solaires (d’où les guillemets plus haut…) ce qui donne un “rayon de Schwartzchild” de 1,4.10-46m. C’est petit. Tellement petit que c’est environ 1′000′000′000′000′000′000′000′000′000′000 x plus petit que les protons qui se téléscopent… En fait, il n’est même pas permis d’être si petit, car c’est plus petit de la longueur de Planck. Mais une chose est sure : un objet aussi dense que vous voulez, mais plus grand que son rayon de Schwartzchild n’est pas un trou noir.

Maintenant, on est d’accord sur une chose : la collision de protons si rapides peut créer une densité localement élevée. 14 masses de proton dans 1/10ème de volume de proton, ça donne à peu près 140x la densité d’une étoile à neutrons, soit effectivement une densité qui ne se rencontre nulle part dans l’Univers actuel. Mais ce n’est pas la densité qui fait le trou noir, c’est la masse, et la taille du rayon de Schwartzchild qui va avec.

20 juin 2008 - Posté par Dr. Goulu | Astro, Physique, Relativité | | 7 commentaires

7 commentaires »

  1. OK je retiens que des trous noirs (si petits soient-ils) ne seront pas produits dans le LHC contrairement à ce qui est écrit par certains journalistes scientifiques.

    Commentaire par all | 21 juin 2008 | Répondre

  2. bonjour Docteur et merci pour ce rappel très clair sur ce qu’est un trou noir.

    Une question pour rebondir sur l’actualité : qui sont les fameuses personnes qui ont dénoncé le LHC et prévu la fin du monde ?
    - des looseurs pommés qui se disent physiciens sous prétexte qu’ils ont posé leur cul sur les bancs des cours d’astrophysique à la fac?
    - des scientifiques bas de gamme, à la solde d’un quelconque Rael ou un Tom Cruise?
    - des scientifiques éprouvés, à la solde d’un quelconque lobby/parti politique/religieux important?
    - de quel pays viennent-ils? quels sont leurs moyens ?

    Je pense qu’un article sur le thème “la déformation et l’instrumentalisation de la science, ses acteurs et ses liens avec la politique et la religion” pourrait être fort instructif.
    Avis aux bloggeurs.

    Commentaire par Fed | 22 juin 2008 | Répondre

  3. De rien …
    je les appelle les “Catastrophysiciens” et je leur ai consacré plusieurs articles dont celui là.

    je pense que ce sont principalement des physiciens en recherche de visibilité par les médias. Je suis prêt à parier qu’ils vont publier plein de bouquins d’abord pour nous prévenir de la fin du monde, ensuite pour nous dire qu’on a eu de la chance de l’éviter, et puis pour nous annoncer que ce n’est que partie remise. Et ils vont se faire plus de ronds comme ça qu’en publiant dans des journaux de physique théorique, c’est sur.

    C’est pour cela que je tente de leur faire signer le “Pacte de Paco Rabanne”….

    Commentaire par Dr. Goulu | 22 juin 2008 | Répondre

  4. On remarquera le nom prédestiné de M. Schwarzschild, qui signifie +/- blindage noir.. Pas mal pour calculer l’”horizon noir” d’un trou noir!

    Commentaire par Yves Masur | 22 juin 2008 | Répondre

  5. On peut faire également remarquer que si nous calculons le rayon de Schwarzschild de l’univers nous trouverons que celui-ci est du même ordre de grandeur que son « rayon » (soit 13 a.l). Un trou noir peut donc être relativement accueillant puisque nous y vivons …

    Commentaire par Ivan | 28 juin 2008 | Répondre

  6. C’est une idée amusante, mais ça ne colle pas.

    D’abord, “le rayon de Schwarzschild de l’univers” n’a de sens que pour une masse sphérique compacte. Or la masse a l’air plutôt bien (statistiquement) distribuée dans l’Univers observable.

    En plus, les masses s’éloignent (décalage vers le rouge) dans toutes les directions à une vitesse proportionnelle à la distance (ok, la constante de proportionnalité varie un peu avec le temps ou la distance, et l’expansion s’accélère) alors que si on était dans un trou noir on devrait avoir des décalages différents selon les directions, voire du bleu.

    De plus, si ‘Univers Observable a bien l’air d’être une sphère centrée sur mon nombril (principe d’anthropocentrisme), a priori l’Univers n’a aucune raison d’être sphérique : un bonhomme vivant dans une galaxie sur le bord de notre univers observable (disons à 10 milliards d’années lumière d’ici) voit certainement lui aussi un univers observable de 13 milliards d’AL de rayon centré sur son zgyk (le truc qui lui tient lieu de nombril).

    Bref, la géométrie de l’Univers est encore un sujet de discussion, mais ce n’est pas celle d’un trou noir. Pour ma part, il me semble que la gravitation ne déforme l’espace que de manière très locale, alors un espace de Minkowski en expansion (3 dimensions euclidiennes + 1 imaginaire de temps) me semble assez bien coller à grande échelle

    (voir http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quation_d%27Einstein )

    Commentaire par Dr. Goulu | 29 juin 2008 | Répondre

  7. Merci SpeedCrunch. À présent les calculs de mon Mac sont plus précis, plus rapides, plus polis, plus blancs que blanc. Comment ai-je pu jusqu’ici d’une lessiv… calculatrice classique ?

    Commentaire par Krysztof von Murphy | 27 juillet 2008 | Répondre


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