Dr. Goulu

Pourquoi … Comment … Combien ?

20 ans de Science Simpson

Pour les 20 ans des Simpson , Marge pose dans Playboy alors que le sexe* n’est qu’un thème très secondaire dans la meilleure série animée du monde. Par contre la science y est très présente, ce qui justifie amplement un article sur Dr. Goulu, en plus des deux livres existant déjà sur le sujet [1,2]

Maths

Il faut dire que beaucoup d’auteurs d’épisodes ont des formations scientifiques, comme David X. Cohen diplômé en physique de Harvard et en informatique de Berkeley [4].  C’est à lui qu’on l’égalité 1782¹² + 1841¹² = 1922¹² devant laquelle Homer passe sans sourciller en entrant dans la 3ème dimension (séquence « Homer³ » de l’épisode S07E06)

Mais vous qui connaissez le théorème de Fermat qui dit qu’il n’existe pas de solution de l’équation an+bn=cn pour a,b,c,n entiers et n>2, vous bondissez sur votre calculatrice et, ô stupeur, vous croyez l’espace qu’il existe un contre exemple invalidant la démonstration de plusieurs centaines de pages due à Andrew Wiles ! En réalité il s’agit d’un hommage à ce résultat impressionnant publié en 1994 quelques semaines avant l’épisode des Simpson, et il faut effectuer le calcul avec beaucoup de chiffres significatifs ou être assez observateur[5] pour voir que l’inégalité est fausse.

Médecins, inventeur et vrais scientifiques

Les thèmes liés à la santé sont abondamment traités dans les Simpsons :  les médicaments et leurs effets secondaires, la fécondation assistée , la transplantation d’organes, l’obésité, les dépendances diverses, les épidémies, les OGM et toutes les problématiques possibles liées à l’alimentation. Les deux médecins de Springfield sont le Dr. Hibbert, qui abuse largement des assurances de santé, et Nick Riviera, un authentique charlatan qui vit des habitants qui en sont dépourvus.

A part les deux médecins, le professeur Frink est le seul véritable scientifique de Springfield. Inventeur complètement déjanté, sa productivité est exceptionnelle. On retiendra en particulier

  • le Citrobon, un bonbon au citron tellement acidulé qu’il doit être conservé à l’intérieur d’un champ magnétique.
  • Une fusée qui doit détruire la comète avant qu’elle ne s’abatte sur Springfield. Ca rate, mais la comète se désintègre avant l’impact grâce à la densité de la couche de pollution sur la ville. (S06E14)
  • Il enlève Lisa en la rapetissant à l’aide de son degrandulateur (S07E06)
  • Un téléporteur, vendu  à Homer pour 35 cents (S09E04)
  • Il a inventé le monstromètre, le glouglouteur, le canularscope, le surgrenouillateur, le délochnessateur.
  • Evidemment, une machine à remonter le temps (S06E06, S14E01)
  • Il invente le  marteau qui fait tournevis de l’autre côté.
  • Il cryogénise son père et le refait revivre en remplaçant de nombreux organes vitaux par de l’électronique.
  • Il reçoit le Prix Nobel de Physique des mains de Dudley Herschbach, prix Nobel de Chimie 1986 (S15E01)

En effet, on trouve dans la série les avatars de véritables scientifiques, et non des moindres, qui ont de plus prêté leur voix à leur personnage. Outre Hershbach il y a le paléontologiste Stephen Jay Gould apparait dans l’épisode S09E08 consacré au créationnisme, dont nous reparlerons plus bas.

Physique

Et surtout il y a Stephen Hawking, physicien cosmologiste  a dit des Simpson que c’était la  « meilleure chose sur la télévision américaine ». Il a participé à trois épisodes (S10E22, S16E16, S18E20) , notamment en utilisant sa voix synthétique lors d’une discussion avec Homer sur  la topologie en donut de l’Univers.

Dans les Simpson, les références sont souvent très discrètes, à l’intention du public qui peut les percevoir, mais sans frustrer ou ennuyer les autres. Par exemple, la célèbre formule d’Einstein apparait dès le deuxième épisode (S01E02), oùt Maggie, un an écrit MCSQU (MC squared, MC²) avec ses blocs de jeu.

De même lorsque Lisa construit une machine à mouvement perpétuel, c’est de façon très surprenante Homer qui la rappelle à l’ordre (S06E21)

Lisa, viens voir papa… Dans cette maison, on respecte les lois de la thermodynamique !

Le créationnisme

L’un des meilleurs épisodes de la série (S09E08) est consacré à cette plaie des USA, et qui s’étend désormais partout. Suite à la découverte d’un étrange fossile que le bigot Ned Flanders et d’autres Springfildiens considèrent comme celui d’un ange, Lisa souhaite appliquer une approche scientifique. A cela Ned Flanders rétorque cette réplique mémorable:

« Moi je dis qu’il y a des choses qu’on n’a pas envie de savoir, des choses importantes! »

Lisa se retrouve au tribunal, accusée d’avoir abimé l’ange pour envoyer un échantillon à Stephen Jay Gould. Au moment d’être condamnée, l’ange s’envole… Si vous ne devez voir qu’un seul épisode des Simpsons dans votre vie, voyez celui-là !

Environnement

Outre le nucléaire dont nous parlerons plus bas, les questions environnementales sont fréquemment abordées dans les Simpson. Souvent Lisa se préoccupe d’un problème grave, mais se retrouve seule contre tous ses concitoyens. Par exemple elle devient végétarienne (S07E05) alors que son cours sur la chaine alimentaire est pourtant clair:

Elle s’oppose aussi au pourtant très populaire et traditionnel massacre des serpents (S04E20), et se montre sceptique sur l’intervention humaine dans les processus naturels (S10E03) :

Skinner : Et bien j’avais tort, les lézards sont une bénédiction !
Lisa : Je trouve que c’est prendre des risques. Qu’est ce qu’il se passera quand on sera envahis par les lézards ?
Skinner : Pas de problème, on lâchera des vagues de serpents aiguilles venus de Chine, ils extermineront les lézards !
Lisa : Mais avec des serpents se sera pire !
Skinner : Oui mais, on a prévu le coup. On a déniché une étonnante race de gorilles qui se nourrissent de viande de serpent !
Lisa : Et on aura les gorilles sur les bras !
Skinner : Non, c’est là qu’est l’astuce : quand arrivera l’hiver et le gel, les gorilles mourront de froid !

Lisa se rapproche même d’un mouvement écologiste radical (S12E04) pour sauver une forêt millénaire, avant de militer contre la pollution lumineuse (S14E16) qui l’empêche d’observer les étoiles. Brave petite.

Plusieurs épisodes des Simpson concernent le syndrome « NIMBY » (« Not In My Backyard ») : la société moderne requiert des infrastructures ou des services ayant des effets secondaires un peu désagréables, mais pourquoi les placer devant chez moi plutôt que chez le voisin ?

Le nucléaire

La centrale nucléaire de Springfield est le véritable poumon économique de la ville, et la source de la fortune et du pouvoir absolu de Mr. Burns. Dès le troisième épisode de la série (S01E03), on constate que le nucléaire influence jusqu’à la prière du soir d’Homer, (ir)responsable de la sécurité de la centrale (S02E07):

Seigneur, on vous est surtout reconnaissant pour l’énergie nucléaire, la plus sure et la plus propre de toutes les sources d’énergies, mis à part l’énergie solaire, mais ça, c’est du pipeau.

Évidemment, Springfield frôle plusieurs fois la catastrophe. On apprend même que le père de Smithers avait sacrifié sa vie pour sauver la centrale (S13E05). Homer, quant à lui, évite de justesse un accident majeur que sa fainéantise avait déclenché (S07E07), ce qui lui vaut les félicitations de Mr. Burns: « Homer, vous avez promptement réagit et fait d’un Tchernobyl un petit pétard radioactif foireux, bravo! »

Lorsqu’ apparaissent des poissons à trois yeux (S02E04) et que 342 manquements à la sécurité sont constatés, Mr. Burns fait la seule chose raisonnable pour éviter la fermeture de sa centrale : devenir gouverneur de l’Etat afin de changer la loi. Dans ce but il produit un clip électoral remarquable:

Burns : Oh ! Bonjour mes amis. Je suis Montgomery Burns, votre futur gouverneur. Aujourd’hui, j’aimerais vous parler de mon petit copain Noenoeil. Nombreux sont ceux qui le considèrent comme un horrible poisson mutant. Ceux-là sont bien loin de la vérité, mais vous n’êtes pas obligé de me croire. Alors demandons à cet acteur qui campe Charles Darwin, ce qu’il en pense.
Acteur : Bonjour, M. Burns.
Burns : Bonjour, Charles. Soyez gentil, expliquez à nos téléspectateurs votre théorie de la sélection naturelle.
Acteur : Avec joie, M. Burns. Voyez vous, régulièrement, notre Mère Nature transforment ses animaux en leur donnant de plus grandes dents, des griffes acérées, des pattes plus longues, ou dans ce cas, un troisième œil. Et s’il s’avère que ces changements représentent une amélioration, le nouvel animal se développe, se reproduit et se répand bientôt à la surface de la Terre.
Burns : Ainsi, vous voulez dire que ce poisson pourrait être avantagé par son troisième œil ? Qu’on aurait affaire en quelque sorte à un super poisson ?
Acteur : J’aurais envie d’avoir un troisième œil. Et vous ?
Burns : Non. Vous voyez mes amis, si nos adversaires, les antinucléaires et écologistes de tout poil, venaient par hasard à tomber sur un éléphant en train de s’ébattre dans les eaux proches de notre centrale, ils mettraient certainement son pauvre nez ridicule sur le compte de la vilaine énergie nucléaire. Non, la vérité c’est que ce poisson au goût exceptionnel est un miracle de la nature. Alors pour conclure, dîtes tout ce que vous voulez sur moi. Je suis en mesure d’encaisser les coups les plus rudes. Mais, je vous en prie, cessez de vous en prendre à ce pauvre Noenoeil sans défense. Bonsoir. Et Dieu vous garde.

Selon Malaspina [1], ce discours est « remarquable » par le fait qu’il est structuré selon les concepts de Peter Sandman, un spécialiste de la communication du risque connu aux USA  [4].

Science, technique et business dans les Simpson

Comme le montre de façon très convaincante Marco Malaspina [1] dans son livre, la science et les scientifiques sont souvent caricaturés dans les Simpson, mais l’approche scientifique des problèmes est plutôt valorisées, ou du moins opposée aux croyances et idées toutes faites, souvent ridiculisées.

L’inventivité et le sens pratique sont aussi permanents dans les Simpson. Valeur américaine entre toutes, il y a toujours une solution simple au problème le plus complexe. Et si ça cause des problèmes encore plus graves, d’autres solutions simplistes et absurdes s’imposent. Heureusement pour les Simpson, les problèmes se résolvent souvent tout seuls, d’une manière aussi inattendue qu’hilarante.

Dans les Simpson, les vrais problèmes viennent plutôt des (nombreuses) faiblesses humaines, et en particulier l’attrait de l’argent. Pour M. Burns, mais aussi pour tous la plupart des personnages  jaunes à un moment ou un autre, la fin justifie les moyens du capitalisme le plus sauvage. On peut y voir une critique acerbe de la société états-unienne, mais soyons francs : nous nous retrouvons tous dans les Simspon. Peut-être est-ce ce qui nous fait rire si jaune…

Episodes:

(la notation SxxEyy dénote l’épisode yy de la saison xx, le code entre parenthèses étant le code de production de l’épisode)

Sources:

  1. Marco Malaspina « Les Simpson et la science », 2008, Vuibert coll. Va savoir !  ISBN 2711720586
  2. Paul Halpern, « What’s science ever done for us?: what The Simpsons can teach us about physics, robots, life and the universe » 2007,  Wiley and Sons, 262 pages, ISBN 0470114606
  3. « Science on the Simpson » le blog de Paul Halpern
  4. simpsonsmath.com
  5. « Matheux, les Simpson ? » sur Simpsons Park, le site de référence en français
  6. Peter M. Sandman « Risk Communication: Facing Public Outrage« ,
    EPA Journal (U.S. Environmental Protection Agency), November 1987, pp. 21–22
  7. Dossier « Attention, les Simpson s’attaquent aux sciences » sur l’Internaute

Note: * avec « Playboy » et « sexe » à la première ligne, cet article va cartonner, je le sens !

8 mars 2010 Publié par Dr. Goulu | Art, Humour, Media, Science, USA, Video | | 8 commentaires

Echelle interactive de l’Univers

Bad Astronomy indique une très jolie réalisation graphique en Flash permettant de zoomer dans les ordres de grandeur de l’Univers, sur le modèle des impérissables « puissances de dix« , mais en interactif :

cliquez sur l'image pour la version interactive

Il y a décidément encore un trou de plusieurs ordres de grandeur entre le « diamètre » du neutrino et la longueur de Planck

30 janvier 2010 Publié par Dr. Goulu | Graphisme, Informatique, Science | | 4 commentaires

2012 et l’ennemi intérieur

Astromachin de 2012. Cliquez dessus pour un ramassis d'absurdités, si vous y tenez vraiment...

D’après la liste de prédictions de la fin du monde de la Wikipedia, nous échappons à la fureur divine ou à un cataclysme cosmique définitif en moyenne tous les 3 ans. Mais en 2012, c’est du sérieux. Rendez-vous compte : le calendrier Maya arrive à échéance ! Ca vaut bien un film hollywoodesque et un buzz planétaire, non ?

Et si ça marche, on vous fera la fin du monde façon Papou, Tchoutchke ou Wolof, promis. Avec le nombre de calendriers, de mythologies, d’astrologues et autres charlatans sur ou sous la surface de notre planète, on devrait arriver facilement à une fin du monde par mois, de quoi faire une série…

Mais pourquoi diable y’a-t-il toujours de gens pour se demander : « et si c’était vrai ? » En y réfléchissant, je me suis rappelé la petite phrase sybilline d’Einstein:

« Le lecteur est prié de noter les remarques sur l’astrologie. Elles démontrent que l’ennemi intérieur [chez Kepler], vaincu et devenu inoffensif, n’était pas encore complètement mort. » ¹

Cette phrase a été analysée de manière fort pertinente par Serge Bret-Morel, astrologue fréquentable, et débattue avec Denis Hamel, sceptique québécois². Il en ressort que ce qu’Einstein appelait « ennemi intérieur » serait  » une manière de penser animiste et téléologiquement orientée omniprésente dans les recherches « scientifiques » de l’époque. »³

L’animisme, on voit un peu ce que c’est : tout a une âme, donc les planètes ont leur caractère…  La téléologie, ça a l’air compliqué d’après l’article en français de la Wikipedia, mais c’est plus clair traduit depuis l’anglais :

Une école de pensée téléologique considère toute chose comme étant conçue dans un but, ou dirigée vers un résultat final, et qu’il y a un but inhérent, ou une cause finale à tout ce qui existe.

Voilà un bel ennemi intérieur pour un scientifique : présupposer un but à ce qu’il observe, confondre les « pourquoi ». Il me semble que bon nombre d’erreurs de la science sont attribuables à cet ennemi intérieur qui nous incite obstinément à croire que nous occupons une place privilégiée dans l’Univers ou parmi les êtres vivants.

Soulignons au passage qu’  Einstein n’était pas athée et ne prétendait pas que le scientifique doit nier toute finalité, mais plutôt travailler à la découvrir :

Ce qui m’intéresse vraiment c’est de savoir si Dieu avait un quelconque choix en créant le monde. (A. Einstein)

Voilà donc pourquoi tant de gens lisent leur horoscope et flippent en attendant 2012 : ils sont « téléologiques ». Ils présupposent que les astres ont un but, une finalité. Comment leur instiller la vertu essentielle de la pensée scientifique, à savoir le doute ? Peut être en proposant ici une…

Méthode pour calculer vous-même votre fin du monde astrologique préférée:

  1. Choisissez 3 ou 4 périodes de rotation ou de révolution de vos planètes préférées. Par exemple 225, 365, 687, les révolutions de Vénus, la Terre et Mars arrondies au jour près.
  2. Calculez le PPCM de ces nombres (en ligne, c’est ici). Avec l’exemple on obtient 3’761’325 jours.
  3. Choisissez une date de référence où l’Univers a commencé un nouveau cycle par un événement d’importance. Quel meilleur choix que ma date de naissance, le 25.12.1963 ?
  4. En ajoutant le nombre de jours calculés sous 2 à la date de référence choisie sous 3, vous obtiendrez la date à laquelle les astres choisis se retrouveront dans la même configuration les uns par rapport aux autres.

L’Apocalypse selon Goulu aura donc lieu jeudi 20 février 12262. Si ce jour là il ne se passe rien de spécial, promis je fais comme Paco Rabanne : plus de prédictions.

A part ça, 2012 sera effectivement une année assez rare : le mois de février comptera 5 mercredis, ce qui n’est plus arrivé depuis 1984.

Références

  1. préface de  “Johannes Kepler: Life and Letters”, Carola Baumgardt, New York, Philosophical Library, 1951.
  2. Denis Hamel « Les grands esprits manipulés par les astrologues« , Le Québec sceptique – Numéro 57
  3. Einstein et l’astrologie sur Wikipedia

29 novembre 2009 Publié par Dr. Goulu | Philosophie, Pseudo, Science | , , , | 7 commentaires

Rezoscience et les Parcours Alpha

En ballade dominicale au Signal de Bougy (un parc surplombant le Lac Léman, entre Genève et Lausanne), je suis tombé sur une excellente initiative : le « Parcours Alph@ » de « Rezoscience« .

Rezoscience est le « Réseau Romand Science&Cité », une association regroupant les universités et une trentaine de musées de Suisse Romande. Elle coordonne un agenda de manifestations, des activités pour enfants. Le site web est un peu « statique » et  mériterait un lifting 2.0 (des flux RSS svp !) car on y trouve beaucoup de contenu intéressant qui devrait être mieux mis en valeur, comme l’espace questions.

Les « Parcours Alph@ » sont une vraiment bonne idée : avec Madame G. et nos deux adolescentes, nous avons passé un bon moment à nous triturer les neurones et à apprendre des choses intéressantes avec les 16 panneaux de « Matière à réflexion » que vous pouvez consulter en ligne. Les thèmes abordés sont variés, tous intéressants et favorisent plutôt la réflexion que les connaissances, ce qui permet aux plus jeunes de ne pas être frustrés.

Mon poster préféré est celui là :

La réponse est vraiment étonnante... Un autre panneau nous a retenu assez longtemps:

On voit bien des choses étonnantes sur cette photo, mais à mon humble avis certaines explications de la solution sont discutables:

  • Le drapeau ne flotte pas plus au vent que sur la photo originale de la mission Apollo. On voit bien la tige, ce n’est donc pas une erreur.
  • Pour le réveil, ok on ne peut pas l’entendre sonner dans le vide, mais on peut aussi arguer qu’il n’y a pas d’heure sur la Lune puisqu’elle ne tourne pas sur elle-même…
  • Pas sur du tout que le ballon aurait explosé. Tout dépend de la pression avec laquelle il a été gonflé. La pression dans un ballon de baudruche est d’environ 20 hectopascals supérieure à l’extérieur, donc un ballon gonflé à cette pression devrait survivre dans le vide.

On trouve aussi un peu d’auto-dérision science-fictionesque grâce à cette magnifique contribution de la Maison d’Ailleurs d’Yverdon:

J’avoue avoir voté en désespoir de cause pour « Des yeux de phocapotame » alors qu’il s’agissait de « deux globes de verre surmontant un engin volant électrique« , plus visible ici et dont le principe de fonctionnement me parait décidément très nébuleux…

J’espère que rezoscience continuera à proposer des « parcours alph@ », ou mieux encore, que cette excellente idée soit reprise un peu partout pour stimuler les neurones scientifiques des promeneurs. Bravo !

21 octobre 2009 Publié par Dr. Goulu | Science, Suisse | , , | 6 commentaires

de Graetzel aux great cells

Un événement me permet de consacrer enfin un article complet aux relations complexes entre science, technique (industrielle) et économie : le professeur Michaël Grätzel de l’EPFL vient de remporter le prix Balzan, presque aussi prestigieux que le Nobel, « pour ses nombreuses contributions à la Science des matériaux nouveaux et en particulier pour avoir inventé et développé un nouveau type de cellule solaire photovoltaïque, la Dye Sensitized Solar Cell (DSSC), la cellule à pigments photosensibles, plus connue sous le nom de cellule de Grätzel« . [1,2]

Les premières cellules de Grätzel ont fonctionné au début des années 1990 alors que j’étais étudiant à l’EPFL. Pleins d’optimisme, on les surnommait déjà « great cells ». J’ai suivi (de loin) leur aventure, que je considère comme un  exemple de la difficulté à transformer une magnifique avancée scientifique en produit commercial. Comme l’avait si bien dit un prof de marketing:

Les questions des scientifiques commencent par “pourquoi“, les techniciens se demandent “comment”, et les managers “combien”. Pour que ça marche, il faut répondre aux trois.

Pourquoi

D’un point de vue scientifique, l’invention de Grätzel est merveilleuse : un colorant qui se comporte comme une  sorte de chlorophylle artificielle,  convertissant le rayonnement solaire absorbé en électricité par un procédé très différent des cellules photovoltaïques habituelles en silicium.

Les DSSC sont faites d’un mélange colorant/solvant liquide, emprisonné entre deux électrodes transparentes, ce qui permet d’en faire des panneaux transparents de diverses couleurs suivant le colorant choisi:

Comment

Contrairement à la production de panneaux photovoltaïques en silicium, la production de cellules de Grätzel ne nécessite ni beaucoup d’énergie ni opérations délicates. On trouve même des kits pour bricoler des DSSC soi-même. Le tout est de disposer des colorants et solvants ad-hoc, que l’on pourrait en principe produire en quantités industrielles.

Évidemment, il y a quelques problèmes à résoudre:

  • Les rayons UV dégradent la cellule, il faut ajouter une couche filtrant ce rayonnement indésirable
  • A basse température, le solvant peut geler : la cellule ne fonctionne plus jusqu’au dégel, ou définitivement…
  • Les colorants ne convertissant qu’une fraction limitée de la lumière en énergie, le rendement des DSSC est de l’ordre de 10%, nettement inférieur à celui des cellules au silicium (à moins de combiner plusieurs colorants)
  • La cellule doit être étanche pour éviter que le solvant ne fuie
  • La stabilité chimique à long terme des cellules a posé, et pose encore, de sérieux problèmes [4,5]

Depuis près de 20 ans, plusieurs entreprises suisses, européennes et plus lointaines se sont heurtées à ces problèmes d’industrialisation avec plus ou moins de succès. Leurs chercheurs contemplent désormais les arbres avec un soupçon d’envie : ils savent que l’Evolution ne fait pas repousser chaque année des feuilles gorgées de chlorophylle toute neuve pour rien…

Combien

On a donc des cellules de rendement plus faible que les cellules au silicium, dont la durée de vie n’est pas supérieure, et dont le prix de revient actuel (2400 €/kWc) n’est pas meilleur marché que le silicium, que l’on produit désormais en couches minces et en grandes quantités…

Un avantage des cellules Grätzel que l’on voit au premier coup d’oeil, c’est la transparence, ou plutôt la translucidité. Depuis 20 ans Grätzel et les promoteurs des DSSC rêvent d’immeubles dont les vitrages produiraient de l’électricité. Mais encore beaucoup de « comment » barrent le chemin de la fortune : comment intégrer les « great-cells » a des vitrages isolants de grande surface ? Comment réaliser une connexion électrique fiable entre des centaines de fenêtres que l’on doit pouvoir ouvrir, laver ?

Un autre avantage de la technologie Grätzel est de pouvoir réaliser des cellules flexibles. SolarPrint est même parvenu à rendre le mélange solvant+colorant suffisamment pâteux pour être imprimé [3]. Mais FlexCell et d’autres arrivent à un résultat similaire avec du silicium amorphe, à un prix comparable….

Certains imaginent pouvoir réaliser un jour des DSSC sous forme de couches de peinture : il suffirait de passer trois ou quatre couches différentes sur un mur ou un toit pour que la surface produise de l’électricité. Ca serait vraiment fantastique, mais dans ce domaine on en est encore au début des « comment ».

Après plus de 20 ans de recherche scientifique fructueuse et de développements spectaculaires de cette technologie, les cellules de Grätzel cherchent toujours un marché, une application où leurs avantages seraient décisifs. Après tant de publications, de brevets, de rapports  et de mémos sur tous les « pourquoi » et les « comment », il faut maintenant répondre aux « combien ». Ils sont tout simples : combien ça coûte, combien on peut en vendre, combien ça rapportera. Sans réponses à ces questions, les cellules de Grätzel ne deviendront hélas pas des « great cells ».

    Références

    1. Gratzel, Liska, « Photo-electrochemical cell », 1990, U.S. Patent 4927721
    2. Graetzel, Nazeeruddin, O’regan, « Photovoltaic cells », 1994, U.S. Patent 5350644
    3. Bari, « Electrolyte Composition », 2009, Patent WO/2009/103970
    4. Tributsch H., “Dye sensitization solar cells: a critical assessment of the learning curve”, Coordination Chemistry Reviews, 2004, 248, p1511-1530
    5. A. Hinsch et al « Long-term stability of dye-sensitised solar cells » in « Progress in Photovoltaics: Research and Applications », 2001, Volume 9 Issue 6, Pages 425 - 438

    15 septembre 2009 Publié par Dr. Goulu | Economie, Energie, Science, Suisse | , | Un commentaire