Il y a plein de place en bas
Avec Maxence*, nous avons enfin terminé la traduction de “There’s Plenty of Room at the Bottom”, la célèbre conférence que Richard Feynman a donné le 29 décembre 1959 à l’American Physical Society.
50 ans plus tard ce discours fondateur de la nanotechnologie apparaît toujours aussi visionnaire. Il commence ainsi:
Ce dont je veux parler est le problème de la manipulation et le contrôle des choses à très petite échelle. Dès que je mentionne cela, les gens me parlent de la miniaturisation (…). Mais ceci n’est rien, ce n’est que le premier arrêt dans la direction dont je veux parler. Le monde qui est en dessous est incroyablement petit. En l’an 2000, date à laquelle ils auront du recul sur notre époque, ils se demanderont pourquoi il a fallu attendre 1960 pour que le monde commence sérieusement à aller dans cette direction.
Ensuite Feynman imagine une multitude de technologies courantes aujourd’hui mais inconnues ou balbutiantes en 1960 : le microprocesseur, les mémoires, les microscopes atomiques, le laser (dont il se dit que “peut-être qu’un tel rayon n’est pas très utile techniquement ou économiquement.”), les matériaux en couches minces etc. Il décrit aussi des liens alors inexistants avec la biologie et la chimie.
Lisez ce chef-d’oeuvre et admirez le génie (de l’auteur, pas des traducteurs…)
Note*: Maxence est un lycéen qui passe son bac ces jours ci. Il s’est enthousiasmé pour le texte de Feynman et en a traduit une bonne partie. Un jeune qui promet !
Nous avons utilisé GoogleDocs pour travailler ensemble sur le même texte. C’était remarquablement efficace, mais il y a encore mieux depuis quelques jours : le Google Translation Toolkit. Cet outil permet à plusieurs auteurs de corriger manuellement une traduction automatique, qui s’améliore progressivement par apprentissage…
Manicore
Je m’étais lancé dans un article fleuve sur le CO2, les énergies du futur et leur liens avec l’économie mondiale… Et puis j’ai réalisé que tout ce que j’avais à en dire figure déjà sur un site absolument génial : Manicore.com.
C’est le site de Jean-Marc Jancovici, ingénieur conseil indépendant spécialiste de ces domaines, mais surtout capable de les vulgariser très efficacement grâce à un style décontracté, souvent amusant, ou l’auto-dérision côtoie les informations les plus sérieuses et fiables . Il est un des auteurs de la méthode “Bilan Carbone” de l’ADEME, un de ses nombreux clients, et vient de publier deux livres de plus [4][5].
Manicore.com détaille plusieurs sujets déjà esquissés sur Dr. Goulu comme une FAQ sur l’effet de serre (c’était ici), l’hydroélectricité (ici), le stockage du CO2 (là), le chauffage électrique (j’en ai causé ici), les piles à combustible et l’hydrogène ( là), le pic du pétrole (c’était là), les éoliennes (encore ici) plus évidemment une foule d’autres avec abondance de données chiffrées, de graphiques parlants et de sources citées.
A part cela Jean-Marc Jancovici bouleverse aussi beaucoup les idées reçues, par exemple sur les voitures électriques ou le principe du pollueur-payeur, et les solutions qu’il préconise sont aussi peu populaires que douloureusement inévitables selon lui : réduction de la consommation d’énergie par habitant d’un facteur 2 à 3 induite par une très forte taxe sur les combustibles fossiles, avec maintien voire développement du nucléaire dans l’intervalle.
Personnellement je ne suis pas encore convaincu que l’équation de Kaya (ci dessous) n’admette pas d’autre solutions que les siennes.

Emissions de gaz carbonique = Contenu en gaz carbonique de l'énergie * Efficacité énergétique de l'économie * Production par personne * Population
En particulier, il me semble que l’efficacité énergétique (produit des deux premiers facteurs, donc le CO2/$ PIB) a encore une large marge de progression. La Suisse est dans ce domaine le premier pays industrialisé, atteignant 0.61 tonnes de CO2 par dollar de PIB, soit un score situé entre le Salvador ou la Papouasie Nouvelle-Guinée, alors que la France est à 0.78, les USA à 1.77 et la Chine à 2.03, ce qui laisse une bonne marge de progression.
De plus, le dernier terme ne doit pas être négligé : pourquoi taxer le CO2 et continuer à favoriser la natalité ? Loin d’envisager des mesures drastiques à la chinoise ou de souhaiter guerres ou épidémies, je m’interroge : pourquoi mes voisins français sont-ils si fiers de détenir le record européen de fécondité ? C’est anti-écologique ! Si on ne réduit pas la population, il y aura tout simplement plus d’humains à se partager les mêmes ressources limitées…
Bref, le site Manicore.com est une mine indispensable d’information et de réflexion sur les problèmes économico-écologiques du monde, à visiter et à bookmarker d’urgence.
On y trouve même une illustration de la théorie de l’évolution de circonstance en cette année Darwin.
Le seul défaut de Manicore.com est de ne pas être un blog, donc de ne pas offrir de flux RSS pour être informé des nouvelles publications (il y a bien un vieux système de newsletter…) Aussi ai-je testé le service gratuit de PonyFish.com qui permet de créer un flux RSS à partir d’une page web standard listant les nouveautés, et ça marche ! Le flux des nouveautés de Manicore est ici.
les livres:
- Hervé le Treut, Jean-Marc Jancovici, “L’effet de serre“, 2001 (réédité en 2004 ), Flammarion
- Jean-Marc Jancovici, “L’Avenir Climatique (quel temps ferons nous ?)” 2002, Seuil, collection Science ouverte (réédité en poche en 2005 )
- Jean-Marc Jancovici, Alain Grandjean, “Le Plein s’il vous plait !“, 2006, Seuil (réédité en poche en 2008 )
- Jean-Marc Jancovici, “Le changement climatique expliqué à ma fille“, 2009
- Jean-Marc Jancovici, Alain Grandjean, “C’est Maintenant“, 2009, Seuil
Ce que Darwin n’a pas dit
“La raison du plus fort est toujours la meilleure” n’est pas tirée de l’oeuvre de Darwin. C’est dans “Le Loup et l’Agneau” de Jean de la Fontaine, écrit deux siècles et demi avant l’Origine des Espèces. Pourtant le grand public et même la presse associe toujours Darwin avec l’idée que “seuls les plus forts survivent dans une nature cruelle.” C’est faux. Et en plus c’est très dangereux.
Faux parce que les notions de “force” ou de “supériorité” sont quasiment absentes du texte intégral de l’ “origine des espèces”. Darwin n’utilise ces mots qu’en relation avec la “sélection artificielle” opérée par les éleveurs de chevaux en particulier. D’ailleurs Darwin ne s’intéresse que peu aux individus, et beaucoup aux espèces, comme on le voit dans le “Wordle” ci-dessous formé avec les mots les plus fréquents de son livre*
A part “espèces”, les mots clés de l’oeuvre de Darwin concernent la variété, le nombre et la diversité des espèces, et bien sur, la “sélection naturelle”. C’est cette notion clé qui est trop souvent mal comprise. Darwin la distingue de la “sélection artificielle” qui poursuit un but, et de la “sélection inconsciente” qui fait qu’on garde les chatons les plus mignons d’une portée et euthanasie les autres:
J’ai donné à ce principe, en vertu duquel une variation si insignifiante qu’elle soit se conserve et se perpétue, si elle est utile, le nom de sélection naturelle, pour indiquer les rapports de cette sélection avec celle que l’homme peut accomplir.
La sélection des espèces c’est la “survie du plus apte” n’est ce pas ? Encore faux! Cette citation est de Herbert Spencer, mais Darwin la reprend trop volontiers, inconcient du danger:
Mais l’expression qu’emploie souvent M. Herbert Spencer : “la persistance du plus apte” (survival of the fittest), est plus exacte et quelquefois tout aussi commode.
Le problème est que Herbert Spencer était un disciple de Lamarck : il croyait en l’hérédité la persistance des caractères acquis, donc que l’évolution était “dirigée” vers une amélioration des espèces. C’est en fait Spencer qui donna naissance au “Darwinisme social” dont s’inspirèrent hélas des idéologies meurtrières pour justifier l’extermination de “races inférieures”. Ce désastre n’est pas terminé, quoique heureusement à une autre échelle, puisque les cré(a)ti(on)nistes n’hésitent pas à faire des amalgames horribles **
C’est pourquoi il est dangereux de résumer faussement le travail de Darwin en lui attribuant des citations de La Fontaine ou de Spencer
Mais alors qu’a réellement apporté Darwin ? Il ne revendique même pas réellement la paternité de l’idée de “sélection naturelle”, qu’il cède volontiers à d’autres auteurs dès l’introduction de son livre, en particulier
Le docteur W.-C. Wells, en 1813, adressa à la Société royale un mémoire sur une “femme blanche, dont la peau, dans certaines parties, ressemblait à celle d’un nègre”, mémoire qui ne fut publié qu’en 1818 avec ses fameux “Two Essays upon Dew and Single Vision”. Il admet distinctement dans ce mémoire le principe de la sélection naturelle, et c’est la première fois qu’il a été publiquement soutenu
Si je devais résumer en un seul mot l’apport de Darwin aux idées qui avaient déjà cours à son époque, je dirais “hasard“. Darwin est très prudent lorsqu’il avance cette idée:
Le hasard, pourrions-nous dire, pourrait faire qu’une variété différât, sous quelques rapports, de ses ascendants ; les descendants de cette variété pourraient, à leur tour, différer de leurs ascendants sous les mêmes rapports, mais de façon plus marquée.
Ainsi, la sélection naturelle de Darwin s’oppose à la sélection artificielle, et surtout au “Darwinisme social” de Spencer car elle ne présuppose pas de but. Il n’y a pas de notion qualitative d’un “progrès” des espèces, seulement leur adaptation continue à un environnement lui même changeant. Mais le hasard introduit par Darwin permet surtout l’apparition de “nouvelles espèces”, parfois en plus grand nombre que celles qui disparaissent:
Si donc on suppose que notre diagramme représente une somme considérable de modifications, l’espèce A et toutes les premières variétés qu’elle a produites, auront été éliminées et remplacées par huit nouvelles espèces, a14 à m14 ; et l’espèce I par six nouvelles espèces, n14 à z14.
L’Origine des Espèces est en fait une première ébauche d’explication de la diversité biologique. Pour Darwin l’Evolution n’est pas le but de la Création (il était clairement croyant), mais son moteur, expliquant pourquoi il y a de multiples espèces là ou une seule aurait pu suffire à Dieu:
Le comté de Cambridge, pourtant si uniforme, possède 847 espèces de plantes, et la petite île d’Anglesea, 764 (…) Dans les îles Galapagos, on trouve vingt-six espèces d’oiseaux terrestres, dont vingt et une, ou peut-être même vingt-trois, sont particulières à ces îles, tandis que, sur onze espèces marines, deux seulement sont propres à l’archipel.
Si “la raison du plus fort était la meilleure”, il n’y aurait plus d’agneaux, puis les loups mourraient de faim. Pour Spencer, le mouton est destiné à se faire tondre. Pour Darwin, les loups pas assez féroces meurent de faim à côté des moutons, à moins qu’ils ne deviennent des chiens de berger …
Références:
- “Charles Darwin” , “l’Origine des Espèces“, “Evolution” et “Sélection naturelle“, sur Wikipedia
- “Herbert Spencer” et “Darwinisme social” sur Wikipedia
Notes:
* le Wordle est fait à partir à partir du texte anglais, parce que Wordle n’élimine pas bien les mots sans intérêt dans la version française
** désolé pour ce lien, mais ça pourrait devenir une Google Bomb…
Le chariot robot de Léonard
Autour de 1493, Léonard de Vinci esquisse un chariot ingénieux, apparemment conçu pour parcourir un chemin “programmé” à l’aide de cames.
SolidWorks vous explique son fonctionnement en détail sur le site real geniuses, en le mêlant à une démonstration de leur logiciel de CAO 3D sur un ton parfois un peu trop commercial, mais c’est intéressant malgré tout. La première partie est disponible sur youtube:
Si vous préférez le vrai bois au virtuel, l’entrprise Leonardo3 fournit des modèles réduits de l’ “automovile” de Léonard à monter soi-même (parmi beaucoup d’autres). Le résultat est ce bel objet qui intriguera sans doute vos amis :
(photos copyright Leonardo3 www.leonardo3.net)

Et en plus il fonctionne, et grâce au système de cames, le chariot peut parcourir un carré, faire des zig-zags etc. Et si vous voulez en voir un de près, un tuyau : visitez l’exposition “Léonard de Vinci, l’inventeur” à la Fondation Gianadda de Martigny, jusqu’en octobre.
Loi de Moore … toujours ?
Le premier ordinateur capable d’effectuer un million de milliards d’opérations par seconde (un petaflop) fait “bip-bip” depuis quelques jours. Le “Roadrunner” d’IBM supplante ainsi le “BlueGene/L d’IBM aussi, vieux d’une année seulement et qui plafonnait à 0.476 petaflop.

D’après les mesures de top500.org qui répertorie les 500 plus puissants ordinateurs de la planète, leur puissance augmente avec une régularité de métronome depuis plus de 30 ans, décuplant en 4 ans, donc doublant en un peu moins de 18 mois.
En ce qui me concerne, c’est assez facile de me représenter cette fantastique croissance : mon PC de bureau actuel correspond assez bien au Cray XMP installé à l’EPFL alors que j’y étudiais en 1986. A l’époque c’était un honneur assez étroitement surveillé d’avoir le droit de faire tourner un programme dessus. Maintenant, il sert de siège dans un couloir.
Selon top500.org et d’autres sources, la progression devrait se poursuivre en tout cas encore une décennie : on devrait avoir un ordinateur de 10 pétaflops en 2012 et un de 100 en 2016, en attendant un “roadrunner de bureau” aux alentours de 2028.
La raison de cet optimisme tient au fait que la puissance des ordinateurs résulte de la combinaison favorable de plusieurs facteurs, et que lorsqu’on s’approche d’une limite sur l’un des facteurs, ça crée un potentiel d’amélioration sur un ou plusieurs autres
La loi de Moore
L’un des facteurs essentiels est la miniaturisation de l’électronique. En 1965, Gordon Moore, un des fondateurs d’intel, postula qu’on serait capable de doubler chaque 2 ans le nombre de transistors d’un circuit électronique à prix constant. Sa prédiction s’est extraordinairement bien vérifiée non seulement pour les microprocesseurs, mais aussi pour les mémoires RAM :

Il faut bien remarquer que l’on parle ici du nombre de transistors et pas de la puissance du processeur, qui d’ailleurs double en 18 mois, soit plus vite que le nombre de transistors ! Comment est-ce possible ?
La fréquence
Autour de 1986, j’ai assisté à une conférence de Cray à l’EPFL qui expliquait en substance : “nos ordinateurs sont ronds parce que les ordinateurs du futur devront être ronds. Dans le Cray XMP, à 100 MHz, le courant parcourt moins de 3m dans les fils entre 2 coups d’horloge. A 1GHz, si on y arrive un jour, ça ne sera que 30 cm. Pensez-y : les processeurs ne pourront pas être à plus de 30cm de la mémoire !”
Aujourd’hui, si les processeurs travaillent autour de 3 GHz et la mémoire autour de 1 GHz, c’est beaucoup parce que la miniaturisation a réduit la longueur des “cables”. gravés dans le silicium ou imprimés dans la résine, on connait leur longueur, leur section et la distance aux conducteurs voisins avec une précision extrême, ce qui permet de les optimiser en tenant compte de tous les effets électromagnétiques étranges survenant à ces fréquences.
Petite anecdote à ce propos : il y a 20 ans on apprenait qu’il était assez facile de déboguer un circuit digital en ralentissant son horloge, éventuellement jusqu’à la commander à la main avec un petit switch… On m’a dit que ce n’était plus possible actuellement : un Pentium ne fonctionne carrément pas du tout à 1 Hz, car ses circuits sont conçus pour la haute fréquence.

Malgré ceci, en 2003 la fréquence des processeurs qui croissait rapidement s’est retrouvée rapidement limitée en dessous de 4 GHz, entre autres pour des raisons thermiques.
En effet, un circuit consomme d’autant plus d’électricité qu’il fonctionne vite, ce qui fait chauffer les ordinateurs, et ils n’aiment pas ça. Les Cray 1 et XMP étaient refroidis par une circulation de liquide entre les circuits imprimés, le Cray 2 était carrément immergé dans du réfrigérant liquide, et on se demandait bien quelle serait la prochaine étape. Mais là encore, la miniaturisation a permis de faire des machines tout aussi puissantes refroidies par de simples ventilateurs assistés éventuellement de caloducs.
GaAs, optique, quantique …
Pour contourner les difficultés rencontrées avec l’augmentation des fréquences, on a parfois proposé des ruptures technologiques assez radicales. La plus ancienne et la moins radicale concernait l’utilisation d’arséniure de gallium à place du silicium. En principe, les transistors à GaAs sont beaucoup plus rapides que ceux au silicium et auraient permis de fonctionner à des dizaines de GHz, mais ils souffrent aussi de problèmes tels que la mise au point de circuits GaAs pour le Cray 3 a contribué à la faillite de l’entreprise Cray research.
L’optique est aussi souvent citée comme une technologie de substitution possible à l’électronique. Certains circuits optiques spécialisés très rapides ont été réalisés, mais rien qui ne puisse prétendre concurrencer un ordinateur actuel.
Même dans le domaine du stockage, et malgré les CD et le DVD, l’optique n’a pas réussi à s’imposer en informatique. En 1988, j’ai assisté à une présentation de Pinnacle à l’EPFL qui disait en substance : “voici le premier disque capable de stocker 1Gb sur un seul plateau. Oui mesdames et messieurs, il est optique car il est évident que jamais un disque magnétique n’arrivera a stocker une densité pareille d’information” …
De même, l’informatique “quantique” permet de rêver à des machines basées sur des principes totalement différents de ceux de Von Neumann, mais rien de concret ne laisse croire que cette technologie puisse jouer un rôle important en informatique dans les prochaines décennies.
Parallélisme à tous les étages
Si la densité des transistors sur une puce augmente exponentiellement, le nombre de défauts sur une tranche de silicium limite toujours la taille maximale des puces pouvant être produites. A un certain point, il devient possible de mettre deux “coeurs” de processeur sur la même puce. Puis quatre (18 mois après…). intel et AMD nous proposeront peut-être des Hexiums et des Octérons dans 1 an ou 2, mais ce n’est pas sur, car vous avez peut-être déjà un processeur équipé de 100 ou 200 unités de calcul dans votre PC, sans le savoir.
L’apport des GPUs
Depuis quelques années on assiste à la montée en puissance des GPUs (Graphics Processing Unit) : le processeur équipant une bonne carte graphique (nVidia ou ATI) effectue nettement plus de calculs que le processeur central (CPU) de votre PC :

Jusqu’à récemment, l’architecture des GPU était uniquement destinée à la production d’images de scènes 3D en temps réel. Mais désormais ces processeurs peuvent être utilisés pour le calcul scientifique, la simulation de phénomènes physiques et d’autres applications exigeant une grosse puissance de calcul (voir mon blog www.3dmon.com à ce sujet)
nVidia vient de présenter son processeur GTX 280, doté de 1.4 milliards de transistors qui réalisent 240 coeurs fournissant 930 Gigaflops : l’ordinateur le plus puissant du monde de1992 est maintenant dans votre carte graphique !
Les GPU ne sont cependant pas (encore?) capable de faire fonctionner des programmes “normaux” : il faut toujours un CPU pour faire tourner un système d’exploitation, Word, Firefox 3 et quelques autres logiciels simultanément, ce qui justifie 2 voire 4 coeurs, mais probablement pas 6 ou 8.
Vers un mix
Un des processeurs les plus puissants actuellement est le “Cell” d’IBM qui équipe la console PlayStation 3 (voir ici) Il contient 1 coeur de processeur “classique” et 8 petits coeurs “SPE” plus inspirés de ce que l’on trouve dans les GPU. Le coeur classique fournit 20 GFlops avec des nombres en double précision, les 8 “SPE”s montent à 200 GFlop en simple précision, suffisante pour beaucoup d’applications
Depuis qu’AMD a racheté ATI et qu’intel s’est mis à (essayer de) faire des processeurs graphiques, il n’y a plus guère de doute : les futurs processeurs combineront la flexibilité des CPU actuels et la puissance brute des GPU, et cette combinaison rendue possible par la Loi de Moore continuera à faire progresser la puissance de nos ordinateurs au rythme immuable du doublement chaque 18 mois encore de nombreuses années.
Et après ?
Il y a bien un moment où les limites physiques seront atteintes : un conducteur métallique doit tout de même avoir quelques atomes de diamètre, comme l’imaginait Richard Feynman il y a 50 ans. Actuellement les processeurs les plus fins ont des “fils” de 45nm, soit environ 200 atomes de large. Admettons qu’on peut les réduire encore d’un facteur 10, ce qui donne une densité 100x plus élevée que l’on atteindra, selon la Loi de Moore dans 13 ans environ. Que faire après ?
La meilleure réponse à cette question que j’aie entendu est celle du prof. Jean-Daniel Nicoud lors de sa leçon terminale. En substance il disait “jusqu’à maintenant, on ne grave les puces que sur la surface du silicium, sur des fractions de micron d’épaisseur. On pourrait déjà simplement faire de la gravure sur les deux faces du wafer pour doubler le nombre de transistors. Et puis on pourrait faire des couches multiples. Sur une épaisseur de wafer de silicium, disons 1 mm, on a de la place pour 1000 couches de 1 micron, ça laisse encore 20 ans de plus de validité à la loi de Moore.”
On estime que la puissance d’un cerveau humain équivaut à 10 Petaflops, soit la puissance cumulée des 500 plus puissants ordinateurs actuels, qui occument au moins 500 salles actuellement. En 2012, l’ordinateur le plus puissant fournira la même puissance dans une seule salle, et en 2020 environ vous devriez l’avoir sur votre bureau, ou dans la console de jeu familiale. Si les programmeurs travaillent aussi bien que les fabricants de processeurs, peut-être qu’enfin, 60 ans après la vision de Feynman, votre PC saura vous reconnaitre et vous appeler par votre prénom…
Références:
- Loi de Moore sur le site d’intel avec
- “nVidia CUDA : la fin des CPU ?” sur Tom’s Hardware
- Jean-Michel Billaut “Une intelligence non biologique ?“








